Conditions et mauvais traitements
Partout au Canada, les enfants autochtones étaient forcés de fréquenter le pensionnat, et les parents qui ne se conformaient pas à cette obligation étaient punis et même incarcérés. Beaucoup d’enfants autochtones ont été arrachés de leur milieu familial, souvent par la force, et envoyés à de longues distances de leur foyer. D’autres qui fréquentaient des pensionnats non loin de leur collectivité étaient souvent empêchés de voir leur famille, sauf lors de visites permises de temps en temps.
Dès 1897, des représentants du gouvernement avaient remarqué des cas généralisés de maladies, de sous-alimentation et de surpopulation. En 1907, le médecin-chef des Affaires indiennes, le docteur P. H. Bryce, rendait compte d’un taux de mortalité de 15 à 24 % chez les enfants des pensionnats, ce taux s’élevant jusqu’à 42 % dans les foyers autochtones où on renvoyait pour y mourir les enfants malades. Dans certains établissements, comme l’école Old Sun sur la réserve des Pieds-Noirs, le docteur Bryce a même trouvé des taux de mortalité vastement supérieurs.
Bien que certains élèves aient parlé d’expériences positives vécues dans les pensionnats où ils y auraient reçu une éducation adéquate, la qualité de l’éducation était généralement faible, comparativement aux écoles non autochtones. En 1930 par exemple, seulement trois élèves autochtones sur 100 avaient réussi à dépasser la 6e année, et peu d’entre eux étaient préparés à affronter la vie après le pensionnat, tant sur la réserve qu’à l’extérieur.
Selon une étude des Affaires indiennes, jusqu’en 1950, plus de 40 % du personnel enseignant n’avait aucune formation professionnelle. Cela ne signifie pas que toutes les expériences vécues par les élèves aient été négatives ni que tous les membres du personnel étaient incompétents. Un bon nombre de personnes de bonne qualité et dévouées travaillaient dans les pensionnats. En fait, le zèle dont elles faisaient preuve en travaillant de longues heures dans une atmosphère angoissante et pour un maigre salaire était exploité par une administration déterminée à minimiser les coûts. Non seulement le personnel enseignait-il leurs cours, mais il supervisait le travail, le jeu, et les soins personnels des enfants. Les journées de travail étaient longues, le salaire en deçà de celui du personnel des autres établissements scolaires et les conditions de travail, exaspérantes.
Au début des années 1990, à commencer par Phil Fontaine, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, des Survivants et Survivantes ont brisé leur silence et révélé les mauvais traitements qu’ils avaient subis, dont les suivants :- agressions sexuelles;
- violence physique;
- punitions pour avoir parlé leur langue autochtone;
- être forcés à manger des aliments pourris;
- privation généralisée de nourriture et d’eau;
- ligotage et enfermement;
- travaux forcés.
On interdisait souvent aux élèves de parler leur langue et de pratiquer leur culture, et s’ils le faisaient, ils étaient la plupart du temps punis. Parmi d’autres sources de souffrances mentionnées par les Survivants et Survivantes des pensionnats, il y a la violence psychologique, des punitions très sévères, la surpopulation, l’utilisation d’élèves à des fins d’expériences médicales, les maladies et dans certains cas, la mort. Des générations d’Autochtones parlent aujourd’hui de souvenirs de traumatismes, de négligence, de honte et de pauvreté.
Ceux et celles qui ont été traumatisés par leur séjour dans les pensionnats ont souffert d’une perte pénétrante et exhaustive : perte de l’identité, perte de la famille, perte de la langue et perte de la culture.
