Historique

Pendant plus de 300 ans, les Européens et les Autochtones se considéraient les uns les autres comme des nations distinctes. En temps de guerre, les colons européens et les Autochtones formaient des alliances, et en matière de commerce, chacun profitait des avantages économiques de la coopération. Cependant, vers le milieu du dix-neuvième siècle, l’avidité des colons, qui désiraient toujours de plus en plus de terres, a connu une expansion de grande envergure, et la base économique des colonies est passée des fourrures à l’agriculture. Pendant la période d’expansion des colonies et d’édification de la nation, les alliances du début de la période coloniale ont fait place à une concurrence directe pour la possession des terres et des ressources et les colons ont commencé à considérer les Autochtones comme un « problème ».

Le soi-disant « problème indien » se résumait tout simplement au fait qu’ils existaient. Les colons les voyaient comme un obstacle à la progression de la « civilisation », c’est-à-dire à l’expansion des intérêts économiques, sociaux et politiques des Européens, et par la suite, des Canadiens. Surintendant adjoint des Affaires indiennes de 1913 à 1932, Duncan Campbell Scott a résumé la position du gouvernement quand il a déclaré : « Je veux me débarrasser du problème indien. […] Notre objectif est de continuer jusqu’à ce qu’il ne reste aucun Indien au Canada qui n’ait été assimilé à la société, et que disparaissent la Question indienne, et le ministère des Affaires indiennes ».

En 1844, la commission Bagot a produit un des premiers documents officiels recommandant l’éducation comme moyen d’éliminer les Indiens du Dominion. Dans ce cas précis, la proposition avançait l’idée de pensionnats sur des fermes lointaines, à l’écart de l’influence parentale. Au cours des décennies qui ont immédiatement suivi cette proposition, d’autres de visées semblables sont apparues : la Loi sur la civilisation graduelle de 1857, la Loi sur l’émancipation graduelle des Indiens de 1869 et le rapport de Nicholas Flood Davin de 1879, qui soulignait que « l’école offrant une éducation axée sur les métiers est la particularité la plus importante de la politique connue comme celle de la "civilisation à tout prix” ». Cette politique voulait que les Indiens, autant que faire se peut, soient rassemblés dans un petit nombre de réserves, et qu’on leur fournisse des « maisons individuelles permanentes »; que la relation tribale soit abolie; que les terres soient attribuées aux individus et non à la communauté ; que l’Indien devienne un citoyen aussi rapidement que possible […] et qu’il bénéficie de la protection de la loi, et qu’il soit tenu responsable devant cette loi ; et finalement, qu’il était du devoir du gouvernement de fournir aux Indiens toute l’aide raisonnable pour les préparer à devenir citoyens en leur enseignant un métier et les arts de la civilisation.

Un produit de son temps, Davin a dévoilé dans ce rapport les idées de l’époque, à savoir que la « culture indienne » était un terme contradictoire puisque les Indiens n’étaient pas civilisés et que le but de l’éducation devait être de détruire l’Indien. En 1879, il est revenu de sa tournée des pensionnats industriels des États-Unis, c’est-à-dire la façon des Américains de régler le « problème indien », avec une recommandation pour le ministre de l’Intérieur du Canada, John A. Macdonald : créer des pensionnats industriels.